The Merlies : quand le jeu vidéo imagine un monde où la nature reprend ses droits
À l’occasion de ce nouveau coup de cœur JYROS, nous vous emmenons à la découverte de The Merlies, un jeu développé par Darjeeling et coproduit avec Blue Ramen, qui propose une autre manière de raconter les enjeux environnementaux.
Ici, pas de monde post-apocalyptique sombre et désolé. Dans The Merlies, la civilisation humaine a disparu et la nature a progressivement repris ses droits. Au milieu de ce monde en reconstruction évolue une troupe de petits oiseaux maladroits, qui découvrent les vestiges de notre civilisation et les objets laissés derrière nous.
Un univers à la fois poétique, coloré et mélancolique, qui invite à regarder notre monde autrement.
Un monde après l’humanité
À l’origine de The Merlies, il y a les carnets de croquis de Cosmografik, dont les illustrations ont progressivement donné naissance à cet univers peuplé de petits oiseaux.
Le jeu imagine un monde où les humains ne sont plus là, mais où leurs traces subsistent partout. Chaussures, ballons, déchets et autres objets du quotidien deviennent des éléments mystérieux pour ces oiseaux qui n’ont aucune connaissance de la civilisation qui les a précédés.
Le résultat donne une vision singulière de l’effondrement plutôt que de s’appuyer sur les codes classiques du post-apocalyptique, The Merlies propose un univers coloré et contemplatif, quelque part entre la poésie de Miyazaki et le desespoir de The Last of Us.
Mais derrière cet univers se cache une réflexion bien réelle sur notre rapport à la planète.
Sensibiliser sans donner de leçon
Pour Marc Lustigman, co-fondateur de Darjeeling et creative producer, l’objectif n’était pas de créer un jeu qui explique aux joueuses et aux joueurs ce qu’ils doivent penser de l’écologie.
L’équipe préfère laisser de la place à l’interprétation et à la réflexion. Le jeu cherche avant tout à « planter une graine » : celle d’une interrogation sur notre rapport à la consommation, aux déchets et aux ressources naturelles.
Cette approche se retrouve également dans d’autres créations de Darjeeling, comme Ordures, une série en stop-motion mettant en scène un simple gobelet en plastique à usage unique.
Dans The Merlies, cette réflexion passe cependant par le changement de perspective. En incarnant de petits oiseaux qui découvrent les vestiges de notre civilisation sans connaître les usages auxquels ils étaient destinés, les joueurs et joueuses sont invités à regarder des objets familiers avec un regard complètement différent.
Une chaussure, un ballon ou un déchet deviennent alors de nouvelles opportunités.
Changer de perspective pour imaginer autrement
C’est peut-être là que se trouve l’une des particularités de The Merlies aborder le sujet de l’écologie sans nécessairement parler directement d’écologie.
Le jeu interroge notre place dans un monde dont nous avons longtemps considéré les ressources comme infinies. Il évoque la nécessité de davantage de modération, mais aussi la possibilité d’une forme de coopération entre les différentes espèces.
Cette prise de recul permet également de sortir le temps du jeu de la complexité des débats actuels autour du climat. En découvrant le monde à travers les yeux de ces petits oiseaux, le joueur peut simplement observer les conséquences de ce qui a été laissé derrière nous.
Une manière de parler de résilience et de changement climatique par l’émotion, l’imaginaire et la contemplation plutôt que par le discours.
L’écologie se joue aussi dans la manière de produire
La démarche environnementale de The Merlies ne s’arrête pas à son univers.
Chez Darjeeling, qui compte une trentaine de personnes avec environ quinze personnes mobilisées sur le projet, plusieurs pratiques ont été mises en place pour limiter l’impact environnemental de la production.
La très grande majorité des équipes se déplace ainsi à vélo ou en transports en commun. Le studio privilégie également l’utilisation de serveurs locaux et cherche à prolonger la durée de vie de son matériel informatique.
Plutôt que de recourir à des contrats de leasing impliquant le renouvellement régulier des équipements, Darjeeling fait réparer son matériel et travaille avec un partenaire local pour récupérer et recycler les équipements arrivés en fin de vie.
Le travail à distance fait également partie de cette démarche. La collaboration avec Blue Ramen, basé à La Réunion, s’est notamment organisée en remote, permettant d’éviter des déplacements aériens réguliers entre les équipes.
Ces choix peuvent paraître simples pris individuellement, mais ils illustrent une volonté de réfléchir à l’impact de la production dans son ensemble.
Une responsabilité qui dépasse les studios
Pour Loïc Manglou, coproducteur de The Merlies chez Blue Ramen et game designer, la transition écologique ne peut cependant pas reposer uniquement sur les studios.
L’industrie du jeu vidéo a évidemment un rôle à jouer, notamment par sa capacité à toucher des millions de personnes et à proposer de nouveaux imaginaires. Mais les enjeux environnementaux dépassent largement l’échelle d’un studio ou même d’une industrie.
Cette réalité est particulièrement visible à La Réunion, où Blue Ramen est confronté aux contraintes propres à un territoire insulaire : dépendance aux importations, absence de certaines alternatives de transport et nécessité de prendre l’avion pour une partie des déplacements professionnels.
Ces contraintes rappellent que la transition écologique doit aussi être pensée en fonction des réalités économiques et géographiques de chaque territoire.
Pour les équipes de The Merlies, la responsabilité est donc collective : studios, grands acteurs de l’industrie, pouvoirs publics et institutions ont chacun un rôle à jouer.
Et si le jeu vidéo pouvait nous faire regarder autrement ?
Au-delà de son message environnemental, The Merlies porte une ambition plus large : montrer qu’il est possible de raconter autrement les grands enjeux auxquels notre société est confrontée.
Les équipes espèrent notamment que le jeu pourra inspirer de nouvelles générations de créateurs et créatrices à explorer des formes de narration plus poétiques, contemplatives et oniriques.
Une ambition qui prend également une dimension particulière dans un secteur en pleine transformation, où les jeunes professionnels s’interrogent sur leur avenir et sur l’évolution des technologies, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle.
Créer des espaces où ces questions peuvent être discutées, sans jugement et avec bienveillance, fait aussi partie de la démarche portée par les équipes.
Disponible dès aujourd’hui
The Merlies est sorti hier, le 29 septembre, sur Steam, PC et Mac, ainsi que sur Nintendo Switch. Des portages sur PlayStation et Xbox pourront également être envisagés par la suite.
Pour Darjeeling et Blue Ramen, cette sortie représente évidemment un enjeu économique : permettre au jeu de rencontrer son public, c’est aussi donner aux équipes la possibilité de continuer à produire des œuvres qui portent ce type de réflexion.
Avec The Merlies, les équipes proposent finalement une invitation assez simple : prendre le temps de regarder notre monde depuis un autre point de vue.
Celui de petits oiseaux qui découvrent, après notre disparition, tout ce que nous avons laissé derrière nous.
Et peut-être que c’est justement en changeant de regard que l’on commence à imaginer autrement la manière dont nous voulons construire la suite.